Article: L’héritage du thé de Higashiyama : l’art et la tradition d’Awagatake

L’héritage du thé de Higashiyama : l’art et la tradition d’Awagatake
Situé dans le nord-est de la ville de Kakegawa, dans la préfecture de Shizuoka, le mont Awagatake (532 m) domine le district de Higashiyama, qui s’étend sur Kakegawa, Kawanehon, Shimada, Kikugawa et Makinohara. Sur son versant se distingue un impressionnant idéogramme « thé » de 130 mètres depuis 1932 comme symbole de la région. Il représente la détermination des producteurs locaux à « vivre du thé ». À l’origine réalisé avec des pins, l’idéogramme a été replanté en cyprès après que les arbres ont été endommagés par les scolytes, perpétuant ainsi l’esprit des générations passées.

Un terroir idéal pour le thé
Higashiyama bénéficie d’un environnement naturel exceptionnel. Son relief montagneux, ses pentes marquées, ses écarts de température importants et la formation fréquente de brouillard créent des conditions idéales pour la culture du thé. De nombreux producteurs sont entièrement dédiés à la culture du thé, ce qui leur permet de gérer avec précision la fertilisation et l’entretien des plantations afin d’obtenir des feuilles de la plus haute qualité.
Autour des champs de thé s’étendent de vastes prairies semi-naturelles, où poussent notamment le susuki (herbe argentée japonaise) et le sasa. Autrefois répandues dans tout le Japon, ces prairies ont fortement diminué avec la modernisation de l’agriculture. Elles abritent aujourd’hui une biodiversité précieuse, incluant de nombreuses espèces rares ou menacées.
La méthode Chagusaba : plus de 150 ans de savoir-faire
Depuis plus de 150 ans, les producteurs de Higashiyama pratiquent la méthode agricole Chagusaba, qui tire parti de ces prairies semi-naturelles. Après la récolte du bancha d’automne, l’herbe est soigneusement coupée, séchée, hachée finement, puis étalée entre les rangs de théiers. Cette méthode traditionnelle, exigeante en temps et en effort, permet notamment de :
- limiter la pousse des mauvaises herbes
- conserver l’humidité en été et la chaleur en hiver
- enrichir le sol grâce à la décomposition naturelle de l’herbe
- améliorer la rétention des engrais et le drainage du sol
L’herbe principalement utilisée est le Miscanthus sinensis, dont les fibres, une fois décomposées, deviennent élastiques. Cela facilite l’aération du sol et l’absorption de l’azote par les racines, créant un environnement idéal pour le thé.
La zone de Chagusaba de Higashiyama couvre environ 130 hectares, presque autant que la superficie des plantations de thé (180 hectares), illustrant l’engagement profond de la région envers une agriculture durable.
Une reconnaissance internationale
En 2013, la méthode agricole Chagusaba de Shizuoka a été reconnue comme Système ingénieux du patrimoine agricole mondial (GIAHS) par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Cette distinction souligne les efforts remarquables des producteurs pour préserver la biodiversité, les paysages ruraux et les pratiques agricoles traditionnelles tout en produisant un thé d’exception.
Les récoltes : un art maîtrisé
À Kakegawa, seules les première et deuxième récoltes sont généralement cueillies, tandis que les troisième et quatrième sont laissées au repos, à l’exception de la récolte d’automne. La deuxième récolte met particulièrement en valeur le savoir-faire du producteur : si la première bénéficie largement des dons de la nature, maintenir une qualité équivalente lors de la seconde exige un soin et une expertise considérables.

Les feuilles cultivées selon la méthode Chagusaba sont larges, tendres et épaisses. Elles se prêtent parfaitement à la méthode de vapeur profonde, qui révèle douceur et richesse aromatique tout en atténuant l’amertume et l’astringence. Même après une cuisson prolongée ou la torréfaction, les feuilles conservent leur belle couleur et leur forme. En bouche, le thé est profond, parfumé et généreux, laissant l’astringence céder progressivement la place à une douce rondeur.

